La motion Marnot-Marzin…


quand la vieille SFIO de Loire-Atlantique est devenue le Parti socialiste

 

La section de Nantes du Parti Socialiste se réunit en Novembre 1974, les militants ont obtenu un débat sur la municipalité nantaise.

Depuis 1965, la SFIO devenue Parti Socialiste participe à la Municipalité menée par André Morice avec une coalition de la « troisième force » allant des indépendants (le CNI) aux socialistes. L’antigaullisme et l’anticommunisme constituent le ciment de cette équipe. André Morice, radical,  s’était illustré dans les années 60 par son soutien sans failles à l’Algérie Française et son opposition aux thèses défendues dans son Parti par Pierre Mendes France.

Depuis le Congrès d’Epinay, le Parti Socialiste défend la stratégie d’Union de la Gauche à la fois au niveau national mais aussi au niveau local. Or, la section de Nantes tenue par le secrétaire fédéral André Routier-Preuvost est fidèle à l’équipe Morice.

Les minoritaires du Parti socialiste préparent longuement cette réunion. Ils défendent une motion d’opposition, radicale, qui n’avait aucune chance d’être majoritaire. Celle-ci a été préparée par un collectif auquel participait notamment Roland Andrieu, à l’époque proche de Jean Poperen au sein d’un courant du PS qui s’intitulait: « unitaire de lutte de classes ». Roland Andrieu était à l’époque secrétaire du syndicat des marins CGT de Loire Atlantique. A noter que Jean Marc Ayrault, jeune militant à Saint Herblain était localement le leader de ce courant.

Ils ont donc rédigé une motion qui réclame la démission immédiate des élus socialistes. En bons tacticiens, s’étant aperçus que les vieux adhérents de la SFIO n’avaient pas l’habitude des longues discussions, et une fois ces adhérents partis, Albert Caudal, au nom des minoritaires, présente la motion. Il est 1 h du matin. Le secrétaire fédéral André Routier-Preuvost est surpris. En catastrophe, un homme du maire André Morice, propose une motion de solidarité avec la municipalité. C’est trop gros. D’autant que quelques SFIO sont favorables à une certaine évolution.

Convaincus que la motion très radicale de Roland Andrieu n’aurait aucune chance d’être majoritaire, deux militants prirent l’initiative de présenter un texte plus modéré, mais tout de même explicite: «La section de Nantes mandate ses élus pour se constituer, au moment opportun, en groupe d’opposition sur des thèmes qui pourraient être: les transports en commun, l’urbanisme, etc.”. En d’autres termes il s’agissait de renvoyer au Maire de l’époque, la responsabilité de retirer leurs délégations à ses adjoints socialistes, si ceux ci prenaient l’initiative de constituer un groupe d’opposition municipale dans la perspective du scrutin de mars 1977.

Face à ce texte la motion "radicale ” de Roland Andrieu, soutenue notamment par Jean Guiffan, fut retirée au profit de cette motion, dite “modérée” présentée par deux militants: Parick Marnot, à l’époque étudiant en droit, possédant déjà une certaine ancienneté à la section de Nantes et Jean Gilbert Marzin, chef de service à la Société pour l’équipement du territoire, arrivé à Nantes depuis un an seulement. Ancien adhérent à la Convention des Institutions Républicaines de 1967 à 1971, ancien collaborateur de François Mitterrand au Conseil General de la Nièvre en 1970, il avait également travaillé avec le Maire de Grenoble, Hubert Dubedout de 1965 à 1967 et avec Pierre Mendès France, élu Député de l’Isère cette année là.

La motion Marnot-Marzin recueille la majorité des votes. La section bascule. À la grande colère de Routier-Preuvost, battu pour la première fois depuis 1955.

Lors de cette réunion de la section de Nantes en novembre 1974 son secrétaire, Alain Chenard, était absent, car retenu à Marseille par le Congrès national de l’association Léo Lagrange. Nul ne sait aujourd’hui comment aurait voté ce soir là à Nantes Alain Chenard s’il avait été présent. Toujours est-il que cette absence lui sera profitable, car il est le seul parmi les dirigeants du parti Socialiste à ne pas avoir voté contre la Motion Marnot-Marzin. C’est donc tout naturellement qu’il sera ensuite désigné tête de liste de l’Union de la Gauche pour les élections municipales de 1977.

En attendant ce moment, la fédération essaye de tergiverser dans la préparation du Congrès de Pau de février 1975. Il s’agit d’une période où arrivent en masse des PSU, des CFDT, des gens opposés à la municipalité Morice. Le congrès fédéral entérine la motion de la section de Nantes. La fédération somme Routier-Preuvost et les élus municipaux socialistes de passer dans l’opposition. Tous refusent, sauf Chénard. Puis le National donne tort à Routier-Preuvost, qui est exclu du parti socialiste.

Aux élections cantonales de 1976 se présentent Routier-Preuvost, Chauvel et Cueille, tous membres de la municipalité Morice. Face à eux, ils trouvent respectivement Guy Goureaux Jean-Marc Ayrault, 26 ans, jeune militant inconnu, et Alain Chénard. C’est une triple victoire, écrasante, des socialistes.

La seconde étape a lieu l’année suivante, en 1977, aux municipales. Routier-Preuvost est resté sur la liste d’André Morice, élargie pour la première fois aux gaullistes. La troisième force n’existe plus. Et pour la première fois, il y a une liste d’union de la gauche, avec Chénard comme tête de liste. Cette fois c’est une vraie bagarre droite-gauche. On n’avait pas connu cela depuis 1965 du fait de l’ambiguïté de l’alliance de la SFIO avec Morice. La gauche conquiert la mairie de Nantes.

La vieille maison SFIO tente un baroud d’honneur aux municipales de 1983. À Nantes, on retrouve une liste d’union de la gauche dirigée par Chénard, une liste de droite avec Michel Chauty, et, surprise, une liste qui s’appelle « Nantes d’abord ». Dirigée par Routier-Preuvost, elle présente des gens de Force ouvrière, des anciens de la municipalité Morice. Cette liste qui ne réalise que 4,5 % des voix contribue sans doute à faire tomber la municipalité d’union de la gauche. La présence de cette liste, et de deux listes d’extrême gauche, a fait croire à certains qu’il y aurait deux tours. Ce jour-là, il faisait beau. Dans les quartiers populaires, on s’est dit qu’on attendrait le second tour. Les quartiers bourgeois sont allés voter, faisant passer la liste de droite dès le premier tour. D’une certaine façon, ce fut la revanche de Routier-Preuvost sur Alain Chénard.

La section quant à elle tombe dans les mains de l’alliance CERES-PSU à la suite de l’arrivée de jeunes militants, alors que la SFIO était un parti d’adhérents. À partir de 1969 et surtout de 1971, arrivent des gens qui avaient milité au PSU, à la CFDT, à l’Unef, à la Fédération de l’éducation nationale. Peu à peu, ils prennent en main les sections, finissant par supplanter et éliminer les vieux adhérents dont certains devaient leur emploi à la présence d’élus socialistes dans la municipalité Morice. Ces arrivées de militants sont à ce point massives qu’en 1978-1979, il n’y a plus d’anciens SFIO au comité fédéral de Loire-Atlantique. En 1983, après l’échec de Chénard et le remplacement d’Etienne Caux par Batteux à Saint-Nazaire, aucune municipalité n’est plus tenue par d’anciens d’une SFIO qui, en Loire-Atlantique a totalement disparu en dix ans.

Pour mémoire, au printemps 1977, après la victoire de la liste municipale conduite par Alain Chenard, Patrick Marnot a été nommé directeur de cabinet de Chénard à la mairie et Jean Gilbert Marzin, secrétaire général au développement urbain après une refonte de l’organigramme des services municipaux. Par la suite Patrick Marnot à exercé des responsabilités auprès du Président du Conseil Regional d’Auvergne, les fonctions de Secrétaire Général de la Ville de La Rochelle, d’Inspecteur de l’Administration au Ministère de l’Intérieur, de Directeur du Palais des congrès de Lille. Il est aujourd'hui membre de la section de Nantes-Est. Quant à Jean-Gilbert Marzin, après la Mairie de Nantes, il a été nommé Préfet de l’Ardèche en 1983, puis de la Sarthe, de la Région de Corse et de la Corse du Sud et enfin du Pas de Calais.

Document issue d’une compilation d’informations fournies par Jean Guiffan, professeur agrégé d’histoire, et Jean-Gilbert Marzin.

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