Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 08:37

C’est peu de dire que tout sympathisant socialiste, à fortiori un militant du Parti socialiste, a ressenti un véritable choc dès que l’information a été connue dimanche matin. Le choc ressenti va bien au-delà des questions politiques et il touche chacun dans ses convictions, ses espoirs de changement, sa vision de l’homme, etc.

 

Une des grandeurs de la politique, une de ses faiblesses aussi, est d’incarner des idées par des hommes. Dominique Strauss-Kahn, par son parcours, la puissance de son propos, sa force de conviction, représente un courant de pensée important pour le Pays. Il est un des leaders les plus reconnus de la pensée sociale-démocrate, réformiste et européenne. A la tête du FMI, il a tous les jours fait la démonstration du besoin absolu de régulation de l’économie. Au-delà de ce courant de pensée, il était depuis plusieurs mois le mieux placé des candidats en mesure de mettre fin à la politique autoritaire du point de vue social et libérale du point de vue économique de Nicolas Sarkozy. A ce titre, il représentait un espoir pour des millions de français, et un atout incontestable pour tous les socialistes dans cette bataille acharnée qui s’annonce.

 

Le choc que nous ressentons donc est celui de la défaillance d’un de nos meilleurs atouts pour mettre fin au Sarkozysme. Je ne m’apprêtais pas, pour ma part, à lui apporter mon vote dans les Primaires à venir. J’ai choisi de longue date François Hollande qui représente à mon sens une perspective plus forte de rassemblement à gauche, condition nécessaire d’une victoire durable. Pour autant, je me trouve aujourd’hui inquiet, esseulé, comme s’il manquait quelqu’un d’essentiel dans le combat à venir. Car n’en doutons pas, quelles que soient les suites judiciaires de la procédure en cours, Dominique Strauss-Kahn ne fera pas partie des premières lignes de ce combat. Mes pensées vont également à tous mes camarades qui ont placé en DSK leur espoir de changement, et qui sont tristes. Je partage leur tristesse.

 

Derrière le choc il y a l’inquiétude que nous avons tous de l’impact politique de cette affaire, au-delà de la disqualification pour la bataille électorale à venir. L’impact sera politique à n’en point douter, mais cela va au-delà car cette affaire renvoi aussi chacun de nous à notre représentation de l’homme, de la dignité, d’une certaine morale et des éléments de vie en société. Il y a beaucoup d’émotion là-dedans, et l’émotion est plutôt mauvaise conseillère en politique.

 

C’est pourquoi il me semble utile de souligner 2-3 points de vigilance.

 

-          Qui est le coupable ?

En l’état actuel de nos informations, et elles sont faibles, Dominique Strauss Khan a été un acteur majeur de l’enchaînement des faits qui l’ont amené à se trouver en accusation aujourd’hui. Mais, comme dans beaucoup de faits divers, et c’en est un, il y a toujours des doutes, des incompréhensions, des incohérences. C’est à la justice d’éclaircir tout cela, pas à l’opinion publique, et tant que  la sentence n’aura pas été prononcée, il doit bénéficier de la présomption d’innocence. Je souhaite que les allégations actuelles de l’accusation se révèlent fausses. Et si c’était le cas, quand ce sera le cas, il doit réintégrer nos rangs et être un acteur majeur du changement à venir. A ce stade, Dominique Strauss Khan est aussi une victime, puisque ses ambitions se sont évanouies. Je comprends également que, impuissants, certains cherchent d’autres coupables et imaginent une théorie du complot. 

 

Pour ma part, je ne crois pas au complot. Bien qu’il existe des officines secrètes, les échecs en politique sont moins souvent dus à leurs agissements qu’aux erreurs, aux égarements de certains, ou à des enchaînements malheureux de circonstances imprévues et imprévisibles.

 

-          Qui est la victime ?

Nous ne savons pas ce qui s’est passé dans cette chambre ce matin là, c’est à la justice de l’élucider, mais affirmons-le haut et fort, une femme forcée, violée, si ces faits étaient confirmés, a droit à toute notre compassion. Elle doit être protégée, défendue. On sent bien comment après quelques jours de « retenue», le pouvoir aura envie de reprendre la fable des socialistes plus proches des délinquants que des victimes. C’est pourquoi pour ma part, je n’insisterais pas trop sur le fait que DSK soit une victime.

 

-          la dignité humaine

Nous avons tous été profondément choqués de voir les images d’un Strauss-Kahn mal rasé, mal habillé, visiblement fatigué après une nuit d’interrogatoire. Pour autant, les correspondants aux Etats-Unis nous rappellent qu’il bénéficie ni plus ni moins du traitement dû à n’importe quelle personne poursuivie pour un « crime ». Le choc que nous ressentons vient plutôt du décalage entre notre justice, notre vision de la dignité humaine, et la justice américaine. Il convient toutefois d’être vigilants et ne pas réclamer un traitement spécifique qui pourrait être mal interprété également. Nos dirigeants ne sont pas au-dessus des Lois, Dominique Strauss Khan a droit à la présomption d’innocence, et il est normal aussi qu’il se soumette aux règles imposées à tout justiciable.

 

-          Le choc de 2 cultures

Pour la première fois de son histoire, la France, les français, assistent au déroulement minute par minute d’un procès à l’américaine, avec tout ce que cela comporte comme choc culturel. Nous ne sommes pas préparés à cela, même si nous avons tous visionné un jour ou l’autre telle ou telle série télévisée. Nous découvrons le caractère outrancier de l’accusation, qui, comme au souk, s’apprête à marchander à la baisse. Nous découvrons la liste interminable des accusations, la présence des caméras dans le prétoire, les droits illimités des moyens de communication, etc. Les américains, dont cela constitue une part de la culture, utilisent un antidote pour s’épargner les chocs émotionnels, c’est l’indifférence. Je crois que très rapidement nous devrons admettre que ce procès est aussi une affaire privée, intime, et nous devons nous retenir d’y apporter notre regard de voyeur.

 

-          La responsabilité collective

La droite commence une douce musique sur l’image de la France donnée par cette affaire. Ne nous laissons pas prendre à ce jeu, cette affaire est privée et intime et concerne une personne, voire deux. Pas plus que les socialistes ne sont responsables des agissements personnels de leurs représentants, les français ne sont responsables des actes de leurs dirigeants ! Il nous revient donc de renvoyer au plus vite cette affaire dans la sphère privée.

 

-          La morale a-t-elle quelque chose à voir là-dedans ?

Cette affaire renvoi chacun à sa conduite de vie, et c’est en cela qu’elle a quelque chose d’universel. N’en doutons pas, elle aura un profond impact sur la société. Pour autant, un homme entreprenant auprès des femmes n’est pas un violeur, c’est un  fait, bien qu’une certaine morale puritaine venue des Etats-Unis ait eu tendance à faire l’amalgame. Ce n’est pas un hasard que Marine Le Pen, précédé par Bernard Debré ( !), se soit engouffrée dans un discours d’amalgame, reprochant aux socialistes d’avoir voulu porter à la tête de l’Etat un délinquant potentiel. Nous devons être clairs là-dessus, et unanimes, chacun a droit à sa part de secrets, tant que ceux-ci ne contreviennent pas à la Loi, et la vie privée, intime, est et doit rester secrète en France. Il n’y a pas eu de conspiration du silence pour protéger de prétendues « dérives » de DSK. 

  

-          Les socialistes sont-ils décapités ?

Je crois que cette question constitue un des plus importants chocs que le « peuple de gauche » ressente aujourd’hui. Cet abattement est à la hauteur de l’espérance qu’a représentée Dominique Strauss-Kahn pour mettre fin aux agissements de Sarkozy. Rien ne serait pire que de se sentir abattu à un an de la Présidentielle. Au-delà de la mise à l’écart d’un rival dangereux, c’est ce qu’attend de nous le Président actuel. Il ne peut gagner en 2012 qu’à la condition que le peuple de gauche ne soit pas au rendez-vous, et cette affaire arrive à point nommé. Moins qu’au complot, je crois à l’extraordinaire capacité d’opportuniste de Sarkozy. Il ne laissera rien passer.

 

Au-delà de la mise à l’écart (provisoire j’espère) d’un de nos champions, nous n’avons aucune raison objective d’être abattus. La politique est une affaire collective. Le Parti socialiste a bien travaillé, il a un projet fort, cohérent, en phase avec l’attente des français. Il dispose d’hommes et de femmes de talent, capables de porter cette volonté de changement. Il s’est choisit un processus de désignation de son candidat, ouvert, démocratique, populaire. L’échéance est encore assez lointaine pour construire collectivement le rêve d’un monde nouveau. Dominique Strauss-Kahn en sera un des acteurs dès qu’il le pourra, en attendant, il faut l’aider à retrouver sa dignité et la paix avec lui-même.

 

PY Legrand

Secrétaire de la section Nantes Est du Parti Socialiste

Mercredi 18 mai 2011

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Par Section Nantes Est Parti Socialiste - Publié dans : points de vue
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Commentaires

PYM

le ton est juste , sobre et , le fond du propos correspond à mon approche de  ce douloureux sujet

pour le reste je préfère faire, se que certains devraient faire , fermer ma gueule! jusqu'au dénouement de ce triste fait divers

 

Commentaire n°1 posté par gerard Fradet le 22/05/2011 à 10h52

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