Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 06:34

Quelle que soit la façon dont elle s’appelle ou dont on l’appelle, la Droite française a toujours eu un problème avec l’école publique et laïque de la République. Elle a souvent géré son ministère avec plus ou moins de bonheur et d’entrain. Elle a tenté des réformes avec plus ou moins de succès. Mais on sent qu’elle ne l’aime pas tant que cela, même s’il faut bien faire avec elle. Difficile en effet de s’en passer.

Cette affaire vient de loin. La Révolution de 1848 a effrayé la bonne société. Il y avait de quoi : le suffrage universel, le droit au travail, un socialiste et un ouvrier dans un gouvernement, déjà une école gratuite et laïque. Il faut à tout prix contrôler les esprits pour que ces idées ne s’ancrent pas dans les têtes. La loi du 15 mars 1850, votée par une majorité conservatrice, a pour objectif d’y mettre bon ordre : son initiateur est le comte de Falloux, Ministre de l’Instruction Publique et des cultes de Louis-Napoléon Bonaparte, élu Président de la République deux ans plus tôt. Grâce à cette loi, le primat de l’éducation religieuse sur les autres matières est consacré et la prépondérance morale du curé sur l’instituteur sera reconnue. Nicolas Sarkozy viendra le rappeler en décembre 2007 devant Benoît XVI à la Basilique Saint-Jean de Latran à Rome.

A chaque majorité conservatrice correspondra une loi favorisant l’enseignement catholique : 1875 pour l’enseignement supérieur, 1919 pour l’enseignement technique privé, 1951 pour les premières subventions publiques par l’intermédiaire des bourses, 1959 pour les contrats d’association, 1971 pour pérenniser les contrats simples, 1977 pour reconnaître le « caractère propre », 1993 pour tenter de réviser la loi Falloux et permettre des subventions aux investissements. Sans oublier la période Vichyste qui condamne sans appel l’école publique et ferme les Ecoles Normales.

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La Gauche plaidait au contraire pour un service public unifié de l’Education Nationale, garantissant la liberté de conscience de chacun, sans la moindre hostilité à quelque religion que ce soit. La dernière tentative s’est soldée par un échec en 1984. Aujourd’hui la querelle scolaire est apaisée et nul ne songe à la réveiller. Au mois de septembre dernier, on a même connu une journée de grève des personnels et du public et du privé. Ils ont manifesté ensemble. La Gauche n’a pas réussi l’unité dans les classes. Nicolas Sarkozy l’aura permise dans la rue. Il nous étonnera jusqu’au bout !

Pour 2012, l’école publique revient à nouveau dans le débat politique, à partir des 60.000 postes que François Hollande s’est engagé à ouvrir si les Français lui en offrent la possibilité. Pendant la dernière législature de la Gauche, la Droite s’était contentée d’approuver les propos provocants de Claude Allègre. Il y en eut beaucoup même si on ne se souvient que du « mammouth ». Cette fois elle s’en prend à ces 60.000 postes, façon pour elle de s’en prendre à nouveau à l’école publique.

De quoi s’agit-il en réalité ? Il n’est pas question que ces postes soient uniquement pourvus par des enseignants. Ils concernent la communauté éducative dans son ensemble : infirmiers, médecins scolaires, surveillants etc. Ils valent pour toute la chaîne de l’Education de la maternelle à l’Université. Comment vouloir accueillir les enfants dès l’âge de 2 ans sans personnel adéquat ? Ils seront étalés sur cinq ans et ne pourront commencer qu’à la rentrée 2013, celle de 2012 sera bouclée si la Gauche arrive aux commandes l’an prochain. La dernière rentrée concernée sera donc celle de 2017…  après une élection présidentielle. Entre-temps, pour recruter des enseignants, il aura fallu redonner confiance aux jeunes pour exercer ce métier. Ajoutons que la rentrée 2017 est encore bien loin. Je serais partisan d’ajuster cette programmation pluriannuelle chaque année en tenant compte de la croissance du pays et donc de ses possibilités de financement.

 

Combien cela coûtera-t-il ? François Hollande l’a précisé : 500 millions d’euros par an pendant cinq ans … moins que le bouclier fiscal ! Brice Hortefeux a cru bon de dire 100 milliards dans une interview au Figaro en date du 29 octobre 2011. Il compte la vie entière et même le temps de la retraite. A ses yeux, Bercy fera des économies si l’espérance de vie régresse. Chers professeurs, faites-vous rappeler à Dieu le plus tôt possible !

Il est aussi utile de comparer cette proposition avec celle de Nicolas Sarkozy de créer 30.000 places de prison sur cinq ans. Cela coûte 3 milliards en investissements et 1 milliard en fonctionnement, à moins de créer ces places sans recruter de gardiens. Il suffit de faire appel à Victor Hugo et à ses Misérables pour mesurer la différence : « Là où j’ouvre une école, je ferme une prison. »

S’agira-t-il de 60.000 fonctionnaires ? Sans doute y en aura-t-il beaucoup. La Gauche a assez protesté contre toutes les fermetures de classes, souvent manifesté, émis des avis ou des vœux défavorables dans les assemblées locales qu’elle dirige pour qu’elle ne s’étonne pas aujourd’hui de cette proposition. D’ailleurs il conviendra de stabiliser le nombre total de fonctionnaires d’État.  Ce qui signifie que créer ici suppose de fermer ailleurs. J’ajoute que des contrats d’avenir, prévus dans le projet socialiste, pourraient entrer dans ces 60.000 postes, dès lors que des fonctions le permettent et que la formation des intéressés leur corresponde.

Faut-il les créer sans rien changer ? Bien sûr que non. Mais il y a tant de choses à corriger, à réparer, à améliorer. La formation des enseignants à rétablir, la lutte contre l’échec scolaire et la sortie du système de 150.000 jeunes sans qualification, l’orientation dans les deux premières années de l’enseignement supérieur, et plus que tout le respect dû au métier de professeur. D’ailleurs ces postes ne sont pas à répartir de façon arithmétique. Il faut mettre le paquet là où se concentrent des populations d’origine étrangère. A l’école la maîtrise de la langue française, écrite et orale, est primordiale. S’il faut un enseignant pour 15 élèves, faisons-le sans craindre de dire que d’autres classes peuvent être plus nombreuses sans créer de difficultés. C’est une condition pour une intégration réussie et donc pour une bonne cohésion sociale et nationale.

François Hollande a fait de la jeunesse le fil directeur de son engagement. Comment ne pas le traduire dans l’école de la République ? Il est conforté par de grandes organisations internationales. En septembre, c’est l’OCDE qui classe la France dans les derniers rangs des pays développés pour le traitement des enseignants et l’encadrement des élèves. En octobre, c’est l’OIT (Organisation Internationale du Travail) qui enjoint les États à faire de la jeunesse la priorité de leur action, notamment en matière d’emploi, au risque de connaître de graves frustrations débouchant sur de fortes explosions. En novembre, c’est le sommet mondial pour l’innovation dans l’éducation tenu à Doha qui proclame : « Il faut investir dans la jeunesse ». C’est le Cheikh Abdulla Bin Ali Al-Thani, Président de ce sommet (WISE) qui affirme : « L’éducation doit être au cœur de tout ce que nous faisons. C’est la base de tout. » (Le Monde du jeudi 3 novembre 2011).

La Gauche doit rester la digne héritière de Jean-Antoine de Caritat, marquis de Condorcet, auteur en 1791-1792 de « Cinq mémoires pour l’instruction publique ». On y trouve la phrase suivante : « Un peuple d’ignorants est un peuple esclave ». Restons-lui fidèle.

Par Section Nantes Est Parti Socialiste - Publié dans : Présidentielle 2012
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