Mardi 4 janvier 2011
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Fortes inégalités d’espérance de vie chez les plus âgés: un autre regard sur la question de la retraite, par Christophe Clergeau, le 16 décembre 2010
La pénibilité au travail a été un élément important du débat sur les retraites. Il visait utilement à pointer les inégalités face au vieillissement liées aux conditions de travail. La
difficulté d'objectiver cette notion de pénibilité a finalement conduit à minorer cet enjeu. Il aurait sûrement été plus utile de proposer une autre base de départ pour la réflexion: tous
simplement les inégalités d’espérance de vie chez les plus âgés. Cet indicateur permet, lui, de montrer très concrètement que les différentes catégories sociales ne bénéficieront pas de la même
façon de leur retraite.
L'observatoire des inégalités signale une étude publiée
dans le dernier numéro de la revue
"Retraite et société", de la Caisse nationale
d’assurance vieillesse (n° 59 - août 2010) qui montre que
les écarts d’espérance de vie selon le milieu social demeurent considérables en France.
L’espérance de vie à 50 ans était en 2003 de 29 ans en moyenne pour les hommes, et 34,2 ans pour les femmes. Mais elle atteignait 32,2 ans chez les hommes des professions les plus qualifiées
(notamment les cadres supérieurs) contre 27,4 ans pour les ouvriers.
Les inégalités sont nettement supérieures encore si l’on considère l’espérance de vie en bonne santé : il atteint neuf ans chez les hommes (22,8 ans pour les plus qualifiés et 13,7 ans pour les
ouvriers) comme chez les femmes (23,8 pour les plus qualifiées et 14,7 ans pour les ouvrières).
Enfin, à l’âge de 65 ans, les professions les plus qualifiées ont en moyenne 4,5 ans de plus à vivre que les ouvriers : 11 ans contre 7 ans, pour les hommes comme pour les femmes, soit une durée de
retraite supérieure de près de 60 %.
La principale inégalité face aux retraites est bien là: les personnes issues des catégories populaires profitent moins de leur retraite, qu'il s'agisse
du nombre d'années à vivre, que du nombre d'année à vivre en bonne santé.
A partir du moment ou le financement des retraites est très peu progressif puisqu'il repose essentiellement sur des cotisations sociales, c'est ainsi une véritable
redistribution à
l'envers qui s'opère dans notre pays.
Les plus modestes, en cotisant pour une retraite dont ils bénéficient peu, financent les retraites des plus
aisés qui vivent vieux et en bonne santé.
Le débat sur les retraites s'est focalisé sur les équilibres à trouver entre les générations. Cet angle angoissant et culpabilisateur est doublement utile à la droite: il justifie le recul de l'âge
de départ à la retraite et masque ce qui devrait être le premier point de débat: les inégalités sociales face à la retraite.
Christophe Clergeau
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