Partager l'article ! Besancenot dans le texte par Bernard Poignant: Le porte-parole du Parti Socialiste invite ...
Le porte-parole du Parti Socialiste invite Olivier Besancenot à sa réunion de motion le 19 septembre prochain au Vieux Boucau pour son Université d'été. Pourquoi pas ? Dans ce cas il est utile de regarder d'assez près la société que le NPA souhaite et qu'il prépare. Question de lucidité politique et de rigueur intellectuelle.
Il faut donc lire le livre d'Olivier Besancenot et de Daniel Bensaïd : "Prenons parti pour un socialisme du XXIème siècle", paru aux éditions Mille et Une Nuits en janvier 2009. Quand un nouveau parti est créé, il faut aller chercher la société qu'il prévoit ou qu'il prépare. Dans le livre et ses 371 pages, on rencontre de la démagogie et de l'à-peu-près. Ce n'est pas cela le plus important : on peut trouver les mêmes défauts dans la littérature du Parti Socialiste. Par contre, il n'est pas indifférent de regarder si la politique annoncée est garante des libertés, respectueuse du droit, attachée à la démocratie et à son expression par le suffrage universel. Car le but est affiché page 125 : "Une société alternative au capitalisme nécessite une rupture avec la société d'aujourd'hui et son Etat". Très bien mais permettez qu'on jette un coup d'œil sur ce qui est prévu ! Les auteurs ajoutent : "Un changement de société ne peut se résumer à une alternance d'équipe gouvernementale". D'accord mais acceptez que l'on défende ce principe de l'alternance, y compris pour permettre à la droite de battre la gauche, si les électeurs en décident ! Pour clore ce point, Olivier Besancenot écrit : "Changer ou pas la société, en dernière analyse, revient à savoir : qui décide ici ? Le Gouvernement, le Parlement issu de la vieille société ? Ou bien le pouvoir populaire de la nouvelle société qui pousse au sein des conseils de quartiers et des assemblées d'entreprises ?" Excusez du peu : on a déjà donné avec les soviets !

Au fil de la lecture, des interrogations naissent : la crise du capitalisme financier et du capitalisme tout court est bien analysée. Mais c'est un papier-collé de Karl Marx qui a fait
ce travail avec plus de finesse et de connaissances. Par contre, l'échec du communisme est passé sous silence. Sont évoquées les dérives bureaucratiques sans penser une seconde que
c'est le système lui-même qu y conduit. Le despotisme russe et la dictature chinoise sont ignorés : pourtant l'un et l'autre s'accommodent du capitalisme. Sont admirés : Chavez au
Vénézuela, Morales en Bolivie, Castro à Cuba, Ché Guevara bien sûr, un peu Lula au Brésil mais lui sent déjà le souffre libéral.
Dès les premières phrases (page 9), la confusion est établie : "Le capitalisme est malade… Il y a quelques mois les tenants du nouvel ordre mondial n'avaient pas de mots assez flatteurs
pour vanter les mérites indépassables de l'économie de marché." Conclusion : il faut en finir avec l'économie de marché ! La Déclaration de principes du Parti Socialiste, adoptée en
juin 2008, est vilipendée à longueur de pages. Comme elle se prononce pour une "économie sociale et écologiste de marché", elle est la preuve de la trahison de la social-démocratie
!
A la place de l'économie de marché, il y a forcément le monopole. Il faut attendre la page 72 pour découvrir ce nouveau modèle économique à travers une proposition concernant les
banques : il faudra "réunifier toutes les banques dans un seul service public bancaire, en expropriant les intérêts privés, sans rachat ni indemnités… Ce service public de crédit serait
placé sous le contrôle des salariés et des usagers". On sait comment cela se termine : des apparatchiks nommés par le parti - Etat finissent par prendre le pouvoir. On connaît la suite.
Quant à la technique, l'expropriation, elle revient souvent. Exemple page 275 pour la santé : "expropriation des établissements privés à but lucratif". Chacun sait que l'expropriation
n'est pas conforme à la loi. Le Parti Communiste lui-même ne l'a jamais défendu. C'est une proposition totalitaire, mensongère, impossible ! Page 74, l'industrie automobile subit le
même sort : ils "proposent d'écarter la mainmise des actionnaires sur l'ensemble du secteur en plaçant toute l'activité automobile française, ainsi que la sous-traitance et les
équipementiers, sous contrôle public, en expropriant les intérêts, sans rachat, ni indemnités". Fermez le bau ! Page 75, l'auteur ajoute : "L'industrie automobile internationale doit
être contrainte à inventer et à généraliser des modes de propulsion non polluants". Très bien mais qui contraint, comment et avec quelles sanctions à la clé ? Mystère ou plutôt danger
!
Si l'économie de marché disparaît, il faut bien mettre en place une autre façon de produire. Page 218, "la planification démocratique de la production déciderait collectivement des
grandes options fondamentales, plutôt que de laisser le marché trancher". C'est le grand retour du Gossplan : décidément Besancenot est bien vieux pour son âge ! Il prend un exemple
toujours à la même page : dans un rayon de supermarché, "que de formes de clous, de rivets qui diffèrent par leur longueur et leur tête". C'est une société à modèle unique : je ne veux
voir q'une seule tête !
Evidemment, la planification doit être démocratique. Comment ? Le système est décrit page 219 : "Des assemblées de quartiers peuvent élire leurs représentants. Ces assemblées peuvent se
coordonner sur la base de fédérations, de branches, de regroupements interprofessionnels, puis en congrès réguliers pour les entreprises… Nous proposons une organisation unifiée de ces
différentes assemblées dans le cadre de congrès réguliers qui dégageraient ainsi les grands axes de la planification". Tout cela a été proposé en 1917 et s'est effondré en 1991. Mais il
y a mieux page 220 : "Certains choix seront contradictoires et dans ce cas des référendums permettront à la majorité de trancher". Sans doute pour les formes de clous et les rivets !
Une telle économie se termine dans la pénurie, se prolonge dans le marché noir, ne fonctionne qu'avec une police et une bureaucratie, le tout aboutissant à des formes de totalitarisme.
Toutes les belles déclarations sur les libertés et les droits (et il y a beaucoup auxquels on ne peut qu'adhérer) s'effondrent avec un tel système, car c'est lui qu'il faut
démarquer.
Après l'économie, les institutions. Le mépris pour la démocratie parlementaire suinte à chaque page. La révolution est le moyen et le but. Page 126, "nous voulons l'organisation des
masses par elles-mêmes". "Les luttes doivent échapper aux manœuvres des bureaucraties syndicales". "Les stades de foot occupés par des milliers d'étudiants, dans les différentes régions
mobilisées, délibérant des heures durant sur les revendications et l'organisation du mouvement avant de voter pour décider des choix alternatifs sont un avant-goût d'une démocratie
universitaire impliquant les étudiants". Bonjour le travail et les études :
Pour les élus, page 204, "à tout moment, un élu peut être révoqué si on estime qu'il ne nous représente plus. C'est le principe de la révocabilité des mandats." C'est qui "on" ? On
craint de le savoir !
Page 207, la révolution institutionnelle est annoncée : une assemblée constituante est prévue ; le Sénat est supprimé et remplacée par un Conseil des mouvements sociaux ; enfin "une
décentralisation démocratique et solidaire ferait du pays une Commune de communes". Il doit y avoir dans cette proposition la nostalgie de la Commune de Paris en 1871, mais depuis lors
le temps a passé.
Pour conclure, les deux auteurs refusent toute entente avec qui que ce soit. Page 365, "nous devons assumer pleinement notre indépendance". P. C et Verts (et bien sûr PS) sont renvoyés
aux oubliettes de l'histoire. Même les partis de gauche à l'étranger ne trouvent pas grâce à leurs yeux (page 365) : Izquierda unita en Espagne, Refondagione comunista en Italie, Die
Linke en Allemagne. Besancenot et Bensaïd prospèrent dans leur solitude attendant le Grand Soir comme au XIXème siècle, persuadés que le trotskisme réussira là où le léninisme et le
stalinisme ont échoué, enfermés en 2009 dans leurs certitudes de 1917. A la dernière page (page 370), un éclair de lucidité apparaît : "Nous savons bien que nombreux sont encore ceux,
qui malgré leur sympathie, doutent de notre réalisme." Cela au moins, c'est une certitude juste. En politique, le sectarisme a toujours été une stérilité dans l'opposition. Il est
dangereux quand il devient majoritaire. C'est pour cela qu'il ne faut pas craindre de débusquer le totalitarisme là où il se cache.
le 6 septembre 2010
photo par anticapitalistas
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