Partager l'article ! Conférence sur le climat à Stockholm, allocution de Jean-Marc Ayrault: Monsieur le ministre, Mesdames, Messieurs, ...
Monsieur le ministre,
Mesdames, Messieurs,
La crise climatique, énergétique et environnementale que nous affrontons nous pose une question de fond : quel modèle de société voulons-nous porter ?
D’ici l’ouverture de la conférence de Copenhague, le temps manquera sans doute pour assurer les bases d’un accord planétaire pleinement satisfaisant, portant des objectifs partagés par tous et qui soient à la hauteur du défi que nous devons relever.
Pourtant, nous n’avons pas le temps d’attendre.
La question qui se pose aujourd’hui est certes celle d’un engagement de tous les Etats dans un objectif partagé de réduction des émissions de gaz à effet de serre, visant le facteur 4 en 2050.
Mais la véritable question est de savoir comment atteindre ces objectifs ? La mise en œuvre du protocole de Kyoto, en 1997, dont les objectifs étaient sans commune mesure avec ceux qui s’imposent à nous aujourd’hui, nous a montré toutes nos limites d’action. Nous n’y sommes pas arrivés, loin s’en faut. Qu’étaient les objectifs de Kyoto par rapport à ceux pour lesquels nous devons nous engager maintenant ? Où allons-nous trouver notre capacité à concrétiser nos engagements ?
Je représente ici les Eurocités. Les villes d’Europe et en général les villes du monde sont un des niveaux d’action les plus pertinents pour mettre en œuvre les programmes de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
C’est au niveau des villes et métropoles que la société post-carbone, que je définis comme une éco-société c'est-à-dire un écosystème qui allie protection de l’environnement, développement et cohésion sociale, peut se concrétiser le plus rapidement. C’est là que l’habitat, la mobilité, les habitudes de consommation, les choix d’investissements publics et privés peuvent évoluer le plus rapidement pour un changement profond et partagé de nos modes de vie.
Les villes concentrent 75% des émissions de gaz à effet de serre. Elles représentent aussi 75% du potentiel de réduction de ces gaz.
Elles n’ont d’ailleurs pas attendu Copenhague pour montrer la voie et s’engager dans des plans d’action dont les ambitions vont bien au-delà des objectifs européens. Les aires urbaines doivent viser à un objectif qui n’est pas utopique : celui d’être énergétiquement neutres.
Je ne pense pas avoir à vous convaincre.
Face au défi climatique, nous devons ensemble aller vite et loin. Comment faire ?
Les villes ont besoin de travailler ensemble pour relever plus vite les défis climatiques. Elles n’y arriveront pas seules. L’Europe et les Etats membres doivent aller plus loin pour nous accompagner.
L’enjeu climatique et le passage à une éco-société doit irriguer l’ensemble des politiques européennes. Il n’est plus question d’avoir des politiques sectorielles qui continuent d’ignorer ce défi global. Le développement durable n’est pas une nouvelle politique publique. Il doit être au fondement de toute politique. Assurer l’intégration de l’ensemble des politiques européennes pour répondre aux défis climatiques, voilà l’enjeu de la future politique de cohésion !
La Charte de Leipzig constitue la base de dialogue qui nous permet d’aller plus loin sur ce point.
En complément des programmes existants, pourquoi ne pas mettre en place un programme d’action communautaire énergie et climat associant les Etats, les villes et nos concitoyens, que l’on pourrait appeler « le Civitas du Climat », c’est une proposition que je fais à titre personnel, en tant que Maire d’une ville qui participe au programme CIVITAS et qui en a tiré beaucoup d’enseignements. Ensemble, les villes doivent ouvrir le chemin de la généralisation et du partage des bonnes pratiques.
Au-delà, ce programme pourrait avoir une ambition élargie :
- La première étant de ne pas se limiter au territoire européen. Nous savons qu’un des enjeux forts du sommet de Copenhague, c’est une refondation de la solidarité Nord Sud et Sud Nord. Au travers du « Civitas du climat », les villes européennes engagées dans des programmes de coopération décentralisée pourraient travailler avec leurs partenaires d’Afrique, d’Amérique et d’Asie dont les populations les plus fragiles subissent les conséquences directes du changement climatique.
- La seconde, c’est l’association des habitants. Nos concitoyens sont désormais très sensibles aux enjeux environnementaux. Les objectifs sont tellement importants qu’ils peuvent conduire à un sentiment d’impuissance et de renoncement. Le rôle des politiques est de donner confiance, d’insuffler la volonté pour briser ce sentiment. Cette mobilisation appelle une politique innovante. Entrer dans l’éco-société demande la participation de tous et la création d’un climat de confiance. Associer, faire participer les habitants est une des clefs de la création de cette confiance. Mais il faut surtout associer les plus jeunes, leur donner une place particulière et qui ait du sens dans la coproduction de ces programme avec les entreprises innovantes, les associations et l’ensemble des citoyens. Cette génération est pleinement consciente des enjeux et ne demande qu’à prendre part à ce changement des comportements.
- La troisième, c’est que ce programme européen soit co-piloté par les partenaires sociaux. Le passage de notre société vers une éco-société demande qu’une attention particulière soit portée à la compétitivité de nos territoires et donc à l’emploi et aux mutations des entreprises. L’industrie a un avenir dans nos pays. Face au défi du changement climatique, les réponses ne se trouvent pas dans le refus du progrès mais dans l’innovation industrielle pour mieux protéger l’environnement. Le mécanisme des prix n’est pas la solution unique et première. Il ne s’agit pas non plus d’une question de niveau de vie, ni de subsides massifs, mais de la mise en place d’une offre technique abondante, d’un secteur entrepreneurial qualifié et de mécanismes de soutien aux plus modestes.
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes tous en attente des résultats de la conférence de Copenhague et nous travaillons tous pour que cet accord final soit à la hauteur du défi humain et économique que pose l’enjeu climatique.
Je le rappelle souvent : nous devons regarder loin et agir près.
Les villes sont des précurseurs du changement.
Concrètement,
Les plus grandes villes européennes, rassemblées dans le réseau des Eurocités, ont adopté, sous l’impulsion de Nantes et des ses partenaires, la « Déclaration des Eurocités sur le changement climatique ». Nous affirmons dans ce texte que c’est la mise en cohérence de l’ensemble des politiques urbaines qui nous permettra d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, comme le dessine cette conférence à travers ces débats : la ville neutre en carbone est bien la ville durable.
Eurocités soutient le Pacte des Maires, initié par la Commission européenne en direction des autorités locales. Le nombre de maires qui s’engage ne cesse d’augmenter, ce qui montre la volonté des élus locaux de lutter contre le changement climatique dans un cadre européen. Ce Pacte est contraignant, preuve de la détermination des gouvernements locaux à réussir leur pari. Aujourd’hui, nous attendons la confirmation d’une possibilité d’accès à des prêts à taux bonifiés de la Banque Européenne d’Investissement. La question du financement est incontournable !
En novembre, les Eurocités et la Conférence des villes américaines se réuniront ici même à Stockholm pour affirmer leur ambition commune avant la conférence de Copenhague.
Les villes sont un interlocuteur de référence sur le climat et l'environnement, elles ne sont pas assez écoutées dans les conférences de l’Onu sur le changement climatique. L’accord final de la conférence de Copenhague doit reconnaître le rôle des villes et des gouvernements locaux. L'ensemble des réseaux mondiaux de villes se sont unis dans une feuille de route des gouvernements locaux sur le climat. Nous attendons de l’Union Européenne et de la Présidence Suédoise qu’elles veillent à une claire mention du rôle des villes dans le texte final de Copenhague.
Les maires et les ministres doivent démontrer à nos concitoyens qu’ils œuvrent ensemble, partagent les objectifs, créent de la cohérence là où aujourd’hui, l’on voit de la fragmentation et de l’éparpillement.
Il ne s’agit pas que d’un enjeu technique mais d’un enjeu sociétal. Il me parait indispensable que l’on partage une ligne de conduite qui ne soit pas uniquement l’objectif de réduction de nos gaz à effet de serre, mais aussi la transition vers une éco-société.
Nous devons rapidement produire au niveau européen un document de référence, qui montrerait à tous comment la transition vers une éco-société nous aiderait à faire évoluer notre modèle de société, à retrouver le chemin d’une économie locale fortement créatrice d’emploi et de richesses, à construire une société dans laquelle chacun a sa place. L’éco-société n’est pas une société où se juxtapose une société de privilégiés et une société d’exclus qui de facto se trouvent forcés d’avoir des modes de vie et de consommations dépassés car fondés sur une énergie polluante et chère. L’éco-société est une société plus juste, plus équitable, dans laquelle les plus modestes bénéficient pleinement de la nouvelle économie. Et le garant de cette cohésion sociale, c’est ce que nous nommons en France le service public et vous le service d’intérêt général. Voilà pourquoi, l’Union européenne doit sécuriser juridiquement l’existence des services publics afin que l’impératif de cohésion sociale et de solidarité soit au cœur de l’éco-société.
L’Europe a montré une voie en adoptant à l’automne 2007 son paquet climat. En tant que responsable politique local, national et européen, je pense que la résolution de la crise écologique actuelle s’inscrit dans une logique de complémentarité entre tous les échelons décisionnels, dans une logique de dialogue et d’échanges permanents, dans une logique d’approche locale et globale, et dans une logique d’innovation politique.
C’est par l’innovation politique que se fera la transition vers l’éco-société.
Les politiques doivent montrer ce chemin en ne laissant personne sur le bord de la route. Il faut convaincre et rassurer, pas uniquement contraindre. La crise financière et économique que nous traversons nous donne une opportunité d’amorcer le passage à l’éco-société. Profitons de cette crise. Voyons le danger en face.
L’Europe dispose d’atouts considérables. Par son histoire, les crises profondes et douloureuses qu’elle a traversées, ses valeurs humanistes, elle a un devoir d’exemplarité.
Entrer en contact avec la section Nantes Est :
- Par
courrier : PY Legrand, section Nantes Est, c/o FD44, 1 allée des Tanneurs, 44000, Nantes
- Par téléphone : appeler la Fédération de Loire-Atlantique au 02 40 20 63 00
- Par Mél : contact@ps-nantes-est.com
- Quelques-uns de vos contacts :
PY
Legrand, Secrétaire de section
Magali Filotti, Secrétaire adjointe pour le 9e canton
Kevin
Delasalle, Délégué pour le 2e canton
Annick Le Galliot, Déléguée
pour le 8e canton
Martin
Takoudju, Trésorier
Derniers Commentaires