Mercredi 24 juin 2009
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Tout ça pour ça. Pourquoi avoir réuni pour une journée facturée à un demi million d’euros autant de députés et de sénateurs sous les ors du château de Versailles pour un discours qui n’a rien
apporté de nouveau et laisse plus que jamais les Français seuls face à leurs problèmes et face à la crise ?

Ce moment trop vite qualifié d’événement historique a fait « pschitt ». Il a été le
rendez-vous manqué d’un discours limité, plus solennel que substantiel. On était en droit d’attendre un discours plus fort, plus ambitieux et surtout plus concret. Ce ne fut encore une fois
qu’une incantation pour faire croire que tout change alors que rien ne bouge.
J'ai le sentiment d'un certain désarroi présidentiel face à la crise. Après ses discours de campagne sur « la rupture », Nicolas Sarkozy a repris les discours qu'on entend depuis trente ans,
revenant à dire que le système français et formidable, qu’il faut le défendre et qu’il faut le sauver. Mais il ne sait pas trop comment s'y prendre.
La seule réponse plus précise qu’il ait apportée est l’annonce d’un emprunt national. Mais ce n’est pas la crise qui est au fondement de nos déficits abyssaux. Ce sont les choix budgétaires du
gouvernement depuis le début du quinquennat. La défiscalisation des heures supplémentaires qui grève les embauches et la reprise économique coûte trois milliards d’euros par ans. Elle est
financée par la dette. La suppression de la taxe professionnelle : six milliards d’euros par an financés par l’emprunt.
Quel est le sens de cette politique ? Creuser encore les déficits et hypothéquer l’avenir ? Je suis pour un grand emprunt à l’échelle européenne ciblé sur l’investissement qui prépare l’avenir
que sont le développement durable et la croissance verte. Je suis pour une véritable réforme fiscale qui intègre pleinement une fiscalité écologique. Nous devons aussi soutenir efficacement les
PME qui ont des problèmes de trésorerie et faire évoluer le contrat de travail afin que les salariés licenciés puissent préparer leur avenir personnel et professionnel. C’était le sens des textes
de loi que les députés socialistes ont déposé le 30 avril à l’Assemblée nationale et contre lesquels la majorité a votés.
Mais le président refuse le débat. A Versailles, à peine avait-il parlé, qu’il est parti laissant un hémicycle déserté, même par les parlementaires de droite qui n’ont pas participé au simulacre
de débat.
Le rendez-vous de Versailles n’a été qu’une mascarade supplémentaire qui traduit la dérive plébiscitaire et référendaire de Nicolas Sarkozy. Il y a un an, la réforme constitutionnelle prétendait
renforcer le pouvoir du parlement. Dans les faits, il y a le refus de la confrontation démocratique avec les parlementaires dont le rôle devrait se limiter à mettre en œuvre et exécuter les
décisions présidentielles.
Si nous n’avons pas fortuitement changé de régime, alors, après le remaniement ministériel de demain, le Premier ministre, qui selon les termes de la Constitutions conduit la politique de la
Nation, doit venir devant l’Assemblée nationale pour prononcer un discours de politique générale et se soumette à un débat et à un vote. Si tel n’était pas le cas, les députés socialistes
devraient prendre leur responsabilité et utiliser la seule arme dont ils disposent : le dépôt d’une motion de censure.

Jean-Marc Ayrault
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