Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 08:54


Soyons lucide et ne nous voilons pas la face, le résultat des élections européennes constitue un grave échec pour les socialistes. Il nous revient aujourd’hui de l’analyser, et d’en tirer tous les enseignements. Ce revers est dû pour une bonne part à la stratégie électorale mais également à des fondamentaux propres à la situation du Parti dans la société.

 

En ce qui concerne la stratégie électorale, il y a un grand classique, valable dans toutes les élections, sort victorieux d’une élection celui qui arrive à imposer ses thèmes au cours de la campagne, et qui est jugé le plus crédible sur ce thème. Nous avions choisi collectivement deux axes de campagne, le rejet du pouvoir en place et l’orientation sociale de l’Europe. Sur le premier thème, les électeurs nous ont dit très logiquement que ce n’était pas le moment, et l’idée que l’on pouvait tourner la page du sarkozisme en commençant par mettre dehors Manuel Barroso a sûrement semblé un peu éloignée de la réalité quotidienne des électeurs.

 

Nous avons peiné à imposer le deuxième thème sur l’Europe sociale, et contre toute attente, au soir des élections, celui qui est paru le plus crédible sur ce thème, est le parti écologiste qui en a fait un cheval de bataille aux cotés de ses thèmes plus traditionnels. Ce point méritera une analyse approfondie, car jamais les thèmes dont nous sommes porteurs n'ont semblé aussi en phase avec la société. Nous l'avons constaté dans la journée du 7, les bureaux qui nous sont le plus proches, sont ceux qui se sont le plus abstenus. Pour ma part, en 25 ans de campagnes électorales avec le PS, je ne me souviens pas avoir entendu des discours aussi marqués à gauche dans la bouche de nos dirigeants, tout cela pour un résultat très en retrait, cela devrait retenir l’attention des partisans du « à gauche toute » !

 

Dans l’analyse de la campagne électorale, il ne faut pas passer à coté d’une dimension essentielle, depuis l’origine de cette élection (1979), la campagne des européennes se déroule dans les médias. Le travail de terrain est essentiel dans les campagnes Municipales ou Législatives, et même pour les Présidentielles où la différence de vote d’une région à une autre peut s’analyser par notre capacité à rassembler des équipes sur le terrain (cf la carte de la dernière présidentielle). Il me semble en revanche que ce travail de terrain est marginal pour les européennes, où ce qui compte est le choix des porte-paroles, leur aura médiatique antérieure aux élections (qui connaissait Bernadette Vergnaud avant les élections ?), leur présence dans les médias avec les coups de gueule qui font parler d’eux. Rien de cela chez nous avec des candidats sérieux capables de parler des heures sur l’étiquetage des produits alimentaires mais qui ne passent pas la barre des médias. Cela n’enlève rien à l’excellent travail mené sur le terrain par nos militants, ou près d’une cinquantaine de nos camarades de Nantes Est ont arpenté les allées des marchés ou les cages d’escalier. Il faudra considérer cela comme un rodage pour les régionales. Et il nous faut comprendre leur déception quand ils voient les Verts rafler la mise alors que ceux-ci ont été absents de la campagne de terrain.

 

Je ne passerai pas dans cette analyse, à coté des questions matérielles. Qui ne s’est pas demandé dimanche dernier comment avait pu être imaginé le bulletin de vote du PS? En tant que délégué de liste, j’ai visité près de 60 bureaux de vote, et à chaque fois, j’ai dû faire des efforts considérables pour retrouver notre bulletin de vote. Il n’y avait rien qui accrochait l’œil, pas le nom de notre chef de file (Martine Aubry), il n’était pas écrit en toute lettre « parti socialiste », le logo du PS était écrasé par celui du PES totalement inconnu des foules, etc. Et puisque l’on parle de matériel électoral, penchons-nous sur nos affiches toutes plus illisibles les unes que les autres, ou sur nos tracts un peu fouillis desquels rien de fort ne ressortait.

 

Enfin, l’élection européenne, scrutin proportionnel à un tour, impose d’arriver rassemblés afin de créer une dynamique en sa faveur. Ceux qui ont gagné le 7 juin avaient ouvert (plus ou moins sincèrement) leurs listes à des partenaires. Le parti socialiste, tellement préoccupé par son propre rassemblement interne, en a même oublié de venir avec ses alliés habituels que sont les radicaux de gauche. N’était-il vraiment pas possible pour nous socialistes, de se présenter à ces élections avec des candidats écologistes (puisque nous avions aussi affirmé que la question environnementale était vitale), des magistrats de renom, des enseignants-chercheurs en lutte, et des syndicalistes, afin de donner un sens politique au mouvement social de cet hiver dont nous avons en partie été les porteurs ?

 

Une élection comme celle-ci se prépare près d’un an à l’avance. Je me souviens d’avoir assisté à une table ronde à l’Université d’été de la Rochelle en 2008, où un élu sortant se désespérait de voir le parti s’engouffrer dans son Congrès en négligeant totalement ces élections. Il nous a fallu terminer cette épreuve, avec les soubresauts que l’on connaît, pour préparer de façon précipitée le travail électoral, ce qui nous a laissé au mieux quelques mois pour nous préparer, ce qui était largement insuffisant.

 

Et puisque l’on parle de Congrès, il est clair que les électeurs nous font payer aujourd’hui nos divisions et nos querelles internes. Comparaison n’est pas raison, mais toutes les élections qui ont suivi le Congrès de Rennes ont été un échec sur une période de plusieurs années (de 90 à 97 !). Durant cette période, la remise en cause de la légitimité de la direction a été permanente, les attaques internes plus puissantes que celles de nos adversaires, et à noter surtout l’incapacité collective à trouver la sortie de cette crise. Nous avons pu penser que le leadership de Lionel Jospin avait clos ce cycle, nous savons aujourd’hui que cette période n’a constitué qu’une parenthèse dans l’histoire du parti, car dès 2002, le PS entrait une nouvelle fois en crise. En définitive le PS se trouve dans une situation instable depuis la fin des années 80, ne trouvant pas en lui-même la capacité à recréer un Epinay fondateur.

 

Ce qui est le plus inquiétant dans cette situation c’est que le caractère central de notre parti en alternative à la droite, ne semble plus une évidence pour les électeurs. Après nous avoir mis en 3e position lors d’une élection présidentielle, voilà qu’ils nous placent derrière notre allié Vert à une élection d’envergure nationale. A ce sujet, et dans l’hypothèse où nos alliés prendraient la grosse tête, il est bon de leur rappeler que si nos électeurs ont pu voter pour eux sans trop de difficultés, c’est justement parce qu’ils sont nos alliés, de nombreux exemples me reviennent d’électeurs d’un jour des Verts qui ne pensent pas nous avoir infligé un camouflet, mais qui ont voulu simplement exprimer un peu plus fortement leur opinion du moment.

 

L’effet 2002 est terminé, c’est lui qui nous avait permis de gagner la dernière élection européenne en disqualifiant les petits partis, et nous apportant une prime au plus fort. Les électeurs de gauche n’ont à nouveau plus peur de disperser leurs voix

 

Nous n’avons donc pas d’autres choix que de nous rénover. Cette rénovation est désormais vitale (un parti est un ensemble vivant particulièrement fragile) pour que les valeurs que nous portons, les espérances que nous suscitons, et la réalité de ce que nous faisons au quotidien en gérant les collectivités, ne soient pas remises en cause par notre éventuelle disparition.

 

Je souhaite que cette élection provoque un sursaut. Rien ne devrait plus être comme avant. Nous sommes nombreux à parler de rénovation, il faut la faire aujourd’hui. Je ne suis pas sûr que nous nous entendions tous sur ce qu’il convient de changer, mais peu importe si nous sommes d’accord pour ne pas vouloir conserver la machine à perdre qu’est devenu le PS. Il nous faudra réviser le mode de désignation de nos dirigeants, le mode d’organisation de nos instances, le mode d’organisation de nos Congrès, nos méthodes de travail, notre discours trop technocratique et éloigné des préoccupations des gens, nos programmes parfois déconnectés de la réalité et tant de choses encore. Qu’on ne s’y méprenne pas, il serait suicidaire aujourd’hui d’exiger le départ de l’équipe en place, ne renouvelons pas nos erreurs des années 90. Ce qui me semble le plus urgent dans ce chantier de la rénovation du parti, c’est de revoir de fond en comble notre mode de relation aux autres, au mouvement social, aux intellectuels, aux autres partis de gauche.

 

Je fais partie de ceux qui plaident depuis quelques années pour la création d’un grand parti de gauche, fermant définitivement le cycle ouvert par le Congrès de Tours, et ouvrant la voie au socialisme du 21 e siècle, en phase avec la société d’aujourd’hui, porteur de l’urgence sociale, de l’urgence écologique et des valeurs républicaines. J’espère qu’il n’est pas trop tard. Ce ne sera pas facile dans la situation de faiblesse qui est la nôtre en ce moment.

 

Et puisqu’il faut bien terminer par une note optimiste, nous pouvons remarquer que le vote du 7 juin nous apporte quelques bonnes nouvelles : le Front National semble toujours aussi affaibli ; François Bayrou s’est révélé tel qu’il est, un homme épris des valeurs rurales et traditionnalistes, son ancien directeur de Cabinet (Darcos) dit de lui que c’est un Maurassien, il n’a peut être pas tort ; le NPA quant à lui, n’a pas réussi sa percée ; et le PCF et son allié du  Parti de Gauche est en mesure à nouveau de représenter une force qui compte et dont nous aurons besoin dans ce large rassemblement dont nous devons être le moteur.

 

Le pire n’est jamais certain, cela dépendra de nous tous.

 

Pierre-Yves Legrand

Secrétaire de la section du Parti socialiste de Nantes Est

Le 8 juin 2009

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Par Section Nantes Est Parti Socialiste - Publié dans : élections européennes
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