Partager l'article ! 2010-2011 : De la roche tarpéienne vers le Capitole, par Olivier Ferrand, Terra Nova: Les universités d'été, comme chaque année, donne ...
Les universités d'été, comme chaque année, donnent le coup d’envoi de la rentrée politique. Quels enseignements peut-on tirer des universités 2010 à gauche ?
1 – La question du leadership a trouvé sa solution. Elle a mis la gauche à la torture depuis 2002. En l’absence de leader naturel, reconnu de tous, après le départ de Lionel Jospin, et sans procédure pour en désigner un, le PS a vécu une guérilla mortifère qui l’a mené au bord du précipice. C’est fini : le parti s’est doté d’une procédure légitime pour désigner son candidat à la présidentielle – la primaire populaire. La primaire offre un cadre régulé, avec un calendrier (juin-octobre 2011), des règles pour assurer l’équité de la compétition, une convention pour assurer la réunification derrière le vainqueur. Avec la perspective de la primaire, l’atmosphère politique interne a changé : nul n’est besoin désormais de ferrailler au sein du parti dans une sorte de primaire sauvage et permanente, la compétition a été « externalisée » dans le cadre de la primaire, le parti s’en retrouve pacifié.
Il reste toutefois encore deux points à caler. Le premier, c’est la codification de la compétition : débats télévisés, meetings de confrontation, « caucus » dans les sections… La charte de la primaire sera arrêtée en janvier. Le second, c’est le périmètre politique de la primaire. Il est important, même symboliquement, que la primaire ne soit pas socialo-socialiste : son vainqueur ne sera déjà plus le candidat du seul PS, mais d’une partie de la gauche. Le PRG et les Chevènementistes sont proches d’un accord. Restent les écologistes. L’opinion dominante aujourd’hui est qu’ils doivent présenter une candidature autonome à la présidentielle : les écologistes pensent qu’elle est nécessaire pour affirmer leur identité après la création d’Europe Ecologie ; les socialistes considèrent qu’une telle candidature – surtout recentrée avec Eva Joly - est utile pour ratisser plus large au 1er tour, pour contrecarrer une éventuelle candidature écologiste de droite type Borloo et pour fixer des électeurs centristes tentés par Bayrou. Ces arguments sont valables mais je crois qu’il faut laisser la question ouverte. Les sondages donnent encore aujourd’hui des résultats de 1er tour relativement bas pour le candidat PS : 22% pour Martine Aubry, 25% pour DSK. Le spectre de 2002 doit inciter à la prudence à ce stade. Nous verrons bien lorsque le paysage politique pré-présidentiel se sera stabilisé quelle est la meilleure stratégie collective pour la gauche.
2 – La question des alliances pour gouverner est en train de se préciser. Le modèle « gauche plurielle » des années 90, avec un PS hégémonique et une diversité de satellites (PRG, Verts, PC…) a vécu. La gauche s’oriente vers un « arc progressiste » autour d’un axe principal PS/Europe Ecologie. Cela signifie que le PS ne pourra pas imposer son programme : il devra négocier une plateforme social-écologique. Il faudra donc trouver des compromis sur les « irritants » : croissance/décroissance, énergie et place du nucléaire, la vision du progrès (OGM, nanotechnologies, TGV…), etc. Terra Nova a commencé de défricher ces sujets, afin de faciliter les négociations politiques à venir.
3 – Reste le projet. C’est l’objectif n°1 des douze mois qui viennent. L’écosystème politique autour de la gauche est prêt. En amont, le monde intellectuel s’est remis à produire le diagnostic de la société. Une nouvelle génération de chercheurs a émergé et la réflexion se déploie autour de pôles structurés : la République des Idées, l’Ecole d’économie de Paris, la revue Esprit, En temps réel… Jusqu’ici chaînons manquants de cet écosystème, les think tanks ont émergé : Terra Nova, la Fondation Jean Jaurès, Gabriel Peri au PCF, Res Publica pour les Chevènementistes… Ils aident à transformer ce diagnostic en propositions politiques. Et en aval, la disponibilité intellectuelle des partis n’a jamais été aussi grande. En témoigne la création du Laboratoire des Idées, piloté par Christian Paul, qui joue le rôle de capteur intellectuel pour le PS. Désormais, le travail de préparation du projet est lancé. Au PS, la convention sur le nouveau modèle de développement, en juin, en a marqué le point de départ. Une série de conventions thématiques scandera la vie des socialistes jusqu’à une convention extraordinaire de synthèse, au printemps. Europe Ecologie a également lancé sa réflexion programmatique, pilotée par Yannick Jadot et Denis Baupin. Terra Nova prend toute sa part à ce travail intellectuel. Nous nous consacrons depuis le début de l’été à l’élaboration d’une « contribution pour 2012 », afin de nourrir la gauche progressiste.
Leadership, alliances, projet : la gauche, ce « cadavre à la renverse » à l’été 2009, s’est redressée sur tous les fronts en quelques mois. Elle a quitté la roche
tarpéienne, le Capitole est en vue. Mais attention, le chemin se pratique aussi, et surtout, en sens inverse. La gauche est encore convalescente. Notre responsabilité collective est grande pour
faire de cette année une étape décisive pour la victoire en 2012.
Olivier Ferrand, président de Terra Nova
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PY
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Annick Le Galliot, Déléguée
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Martin
Takoudju, Trésorier
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